Morgan l’Hostis – Danseuse et chorégraphe talentueuse

Interview de Morgan l’Hostis : 
Artiste pluridisciplinaire, metteur en scène et chorégraphe. Vous avez notamment pu la retrouver dans Alice et Le Monde de Peter Pan, la comédie musicale.

 

1. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours ? 

 

Mes parents m’ont toujours poussée à faire des activités artistiques et sportives en loisirs : gymnastique rythmique, danse, chant, chorale, orchestre du collège. J’ai vite préféré la danse, mais la musique et la scène ont toujours été une forme d’évidence dans ma vie. Après mon brevet des collèges, ma mère m’a inscrite à un stage de comédie musicale, qui m’a amenée vers une audition pour Alice, la Comédie musicale de Compote de Prod. À 16 ans, j’ai fait mon premier cachet professionnel en jouant le rôle-titre du show. À partir de là, tous mes choix de scolarité se sont aménagés pour que je puisse faire ce métier : en 2nde je m’inscris au conservatoire régional d’Évry en théâtre, chant, danse classique, modern jazz et contemporain ; en 1ère j’entre au lycée à Paris en CHAD, je me forme à l’Institut de formation du danseur professionnel (Rick Odums) en parallèle, mes absences étaient tolérées pendant les tournées d’hiver. Après mon bac, j’obtiens mes EAT jazz et contemporain, puis je me lance dans la vie active. L’année suivante, j’ai pu créer le rôle titre d’Huckelberry Finn au théâtre de la Huchette. Mon parcours de danseuse m’a ouvert les portes de la chorégraphie dans mon réseau de comédie musicale : clip d’Anthony Fabien, adaptation française de Heathers, the musical (La Clairière, théâtre musical intimiste), Le Monde de Peter Pan de Compote de Prod, Zourou, le spectacle musical de Jardin sur Cour. Mais j’ai aussi eu la chance de découvrir la mise en scène pour L’École des Super-Héros, le spectacle de Théa Anceau.

 

2. As-tu de la famille qui travaille dans le milieu artistique ?

 

Personne n’y travaille, mais ils se sont quasi tous posé la question d’en faire leur métier. Mon père est mélomane et regrette de ne pas avoir persévéré dans la pratique d’instruments. Ma mère a beaucoup dansé mais elle a choisi une autre voie. Mon frère est violoniste et pianiste semi-professionnel mais professeur de maths au quotidien…

Je suis la seule artiste professionnelle de la famille. Mon questionnement était, à l’inverse, de savoir si je préférais faire autre chose dans la vie que monter sur scène et créer.

 

3. Chorégraphe et metteur en scène, quelle est la différence notable ?

 

Je dis toujours que la chorégraphie c’est de la mise en scène, mais la réciproque n’est pas forcément vraie, d’autant moins quand on parle de comédie musicale. Lorsque je crée un tableau chorégraphique, je pense à ce que je veux raconter, aux personnages, leurs enjeux, leur corporalité, leurs relations entre eux, à la scène qui doit se dérouler sous les yeux des spectateurs. Quand on met en scène un musical, on réfléchit à tout cela tout en régissant la musique, la lumière, la vidéo s’il y a, le décor etc, pour que tous ces éléments soient cohérents entre eux pour servir le propos. C’est la mise en scène qui décide de la place de chaque élément dans le spectacle. Mais, historiquement, un chorégraphe est, avant tout, un créateur de ballet, il est donc le metteur de scène de son projet. On dissocie souvent les deux rôles pour le théâtre musical. Il y a un peu la même confusion entre direction d’acteur et mise en scène.

Je parle de mon rôle dans le spectacle du Monde de Peter Pan dans ce blog : https://www.compotedeprod.com/2020/05/31/dans-le-monde-de-peter-pan-la-danse-sera-un-langage-supplementaire-au-meme-titre-que-le-chant-et-la-comedie/

 

4. Finalement, comment accéder à ce métier ?

 

Personnellement, c’est mon réseau qui m’a permis d’accéder à ces métiers. Et c’est probablement pour le mieux : j’ai d’abord eu des expériences en tant qu’interprète, ce qui me permet de me sentir plus légitime d’explorer la création de l’autre côté du plateau. C’est très important de pouvoir travailler avec des gens qui nous font confiance et inversement. D’ailleurs, ça m’est davantage « tombée dessus » qu’autre chose, on m’a d’abord proposé des projets sans que je m’en sente vraiment capable, puis je me suis lancée et j’ai peu à peu pris confiance en moi.

Il y a parfois des appels à candidature pour metteurs et metteuses en scène et chorégraphes, même si c’est assez rare, j’en connais une qui a mis en scène Alice à partir d’un appel comme ça ! (Big Up Marina Pangos).

 

5. As-tu commencé à percevoir rapidement tes premiers revenus ?

 

En tant qu’interprète, oui. J’ai commencé avec une production très carrée à ce niveau-là et tôt, j’ai donc eu la chance de pouvoir financer une partie de ma formation de danseuse avec l’argent de mes représentations. La transition d’étudiante à intermittente a duré un an ; le temps que je réunisse suffisamment de cachets entre les rentrées 2018 et 2019, puisque j’ai été engagée pour un spectacle qui n’a jamais vu le jour à la fin de mon année post bac.

Pour la chorégraphie et la mise en scène, j’ai toujours travaillé avec des productions très honnêtes, je touche du bois !

 

6. Est-ce le même système de rémunération que les intermittents du spectacle ?

 

C’est un travail normalement déclaré en heures intermittentes. On est souvent rémunéré en forfait plutôt qu’en cachet, parce que le temps de création et de répétition est bien plus long que celui d’un comédien, c’est un système moins coûteux pour l’employeur.

Lorsqu’on signe un contrat il faut aussi se mettre d’accord avec l’équipe créative pour la répartition des droits de création du spectacle. On dépose les droits à une structure telle que la SACD, et à chaque représentation du spectacle, on touche sa part.

 

7. Aimerais-tu que certaines choses évoluent dans ce secteur ?

 

J’aimerais que la chorégraphie retrouve de sa noblesse dans le théâtre musical français. J’aimerais voir plus de projets et de spectacles dans lesquels la danse ne sert pas qu’à remplir un plateau ou une musique. Les corps racontent des choses, l’utilisation de l’espace aussi, il faut plus d’ambition, plus de créateurs !

 

8. Quelles sont les difficultés auxquelles tu as dû faire face ? Est-ce qu’une entreprise comme CBA Coaching d’Artistes aurait pu t’aider ? 

 

J’ai eu beaucoup de chance, j’ai vite été très bien entourée, je l’avoue.

 

Ma tare principale réside dans ma jeunesse et ma candeur par rapport à ce métier et le milieu qui va avec. Je l’ai intégré sans en connaître les pré-requis, ni les codes. J’ai, par exemple, réussi ma toute première audition, ce qui ne m’a pas empêché de rater magistralement la suivante. J’ai beaucoup navigué à l’aveugle, à l’instinct, ce qui ne m’a pas non plus fait défaut car j’ai progressé et suis très fière de ce que j’ai accompli aujourd’hui, des défis à venir. Mais c’est un chemin dont les embûches peuvent être inattendues : une voix qui ne tient pas l’endurance d’une tournée d’hiver, un contrat qui ne voit jamais le jour, des désillusions sociales – car oui, les codes sociaux sont aussi très importants dans ce métier – mais aussi des postes qui m’ont été refusés parce que j’avais le CV mais pas l’âge requis.

 

Une entreprise comme CBA Coaching d’Artistes m’aurait peut-être permise d’éviter des erreurs de débutant et de sentir un cadre qui m’aurait confortée dans cette voie lorsque mon manque de formation me faisait défaut.

 

9. Quelles qualités et état d’esprit faut-il avoir selon toi ?

 

Je pense qu’il faut avoir envie de raconter quelque chose, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, et surtout avoir quelque chose à raconter. Il faut souvent faire un travail sur soi pour découvrir ce dont il s’agit. À partir du moment où on passe du côté de la création d’une œuvre théâtrale et/ou musicale, on prend la parole. Que ce soit explicite ou pas, conscient ou inconscient, bienveillant ou révolté, libre d’interprétation ou non, une création transmet un message.

 

Il faut également savoir ou avoir envie de diriger une troupe, et réaliser les responsabilités que cela implique. C’est-à-dire, selon moi, apprendre à écouter ceux qu’on dirige, leurs propositions. Savoir ce qu’on veut mais avoir l’humilité de le remettre en question, pour le bien de la création mais aussi des artistes : je ne veux pas casser le corps de mes danseurs avec une chorégraphie qui n’est pas organique pour eux, je préfère créer sur-mesure si je le peux.

 

Il faut aussi qu’ils puissent avoir confiance en moi et en eux pour proposer.

 

Je ne remercierai jamais assez mes metteuses en scène pour leur pédagogie lorsqu’il a fallu combler mes lacunes de comédienne de 15 ans, ou bien enrichir mon jeu, à 19 ans, pour la composition d’un rôle. Mes meilleurs professeurs de danse sont des chorégraphes que j’admire et dont les deux métiers s’entremêlent toujours. J’essaie de trouver le temps de faire de même à chaque répétition : partager mon expérience, la technique que je peux transmettre pour permettre à la personne en face d’accéder à ce que je veux, tout en respectant son chemin et sa propre expérience.

 

10. Et aujourd’hui quels sont tes projets ? 

 

Sur toute l’année 2022, je vais travailler aux côtés de mon compagnon Mehdi Vigier, et Aurora Productions, pour un projet très personnel : DAHUZ. Il s’agit de mon premier projet, dans lequel la danse a une place centrale. Il me tient beaucoup à coeur de lui donner vie dans de bonnes conditions.

 

Le Monde de Peter Pan, de Compote de Prod, dont je suis la chorégraphe, continue sa tournée en 2022 un peu partout en France, et j’espère encore très longtemps ! Tout comme Alice, la comédie musicale d’ailleurs, qui tourne depuis maintenant 8 ans.

 

Je suis très impatiente et fière d’écrire que Zourou, le spectacle musical de Jardin sur Cour verra son public au festival d’Avignon 2022. Je suis la chorégraphe mais aussi interprète du rôle de Lola dans cette pièce qui raconte le handicap avec beaucoup d’amour et de poésie.

 

J’incarnerai le Petite Danseuse de Degas dans Les Muses au Théâtre du Ranelagh à partir de Septembre 2022.

Et d’autres opportunités à venir en 2023 que je ne m’autorise pas encore à crier sur tous les toits !

 

11. Où pouvons-nous te retrouver ?

 

Sur Instagram, au nom de morgan_lhp.

Sur Facebook, au nom de Morgan L’Hostis.

Je mets à jour assez régulièrement mes informations sur les réseaux sociaux.